Avec Marie, tous conduits par l’Esprit ! article

 

Monseigneur Vingt Trois nous propose de vivre cette 2ème année de « paroisse en mission » autour du thème de la famille et de la jeunesse. Pour ce faire, nous voulons à saint Laurent accueillir de manière renouvelée l’Esprit Saint au cœur de nos familles, apprendre à discerner sa présence dans notre quotidien. Il est le souffle qui fait de nous véritablement « des êtres vivants ». C’est par lui que nous serons vraiment des missionnaires. C’est lui aussi qui nous fera le désirer. C’est lui qui nous enseignera toute chose et c’est grâce à lui que nous n’avons pas à nous inquiéter de ce que nous dirons car il parlera en nous (cf. Jn16).

Avons-nous déjà expérimenté l’œuvre de l’Esprit Saint en nous ? Nous tournons-nous vers lui comme vers le Père ou le Fils ou demeure-t-il pour nous l’inconnu de la Trinité ?

Les premiers chrétiens ont insisté pour qu’Il reçoive même adoration et même gloire. Reprenons les mots de Saint Ambroise aux néophytes, dans le Traité des mystères : « Tu es donc descendu dans le baptistère. Rappelle-toi ce que tu as répondu : que tu crois au Père, que tu crois au Fils, que tu crois en l’Esprit Saint. Tu n’as pas à dire : je crois en un plus grand et en un moins grand et en un dernier. Mais par un même engagement de ta parole, tu es tenu de croire au Fils de la même manière que tu crois au Père, de croire en l’Esprit Saint de la même manière que tu crois au Fils avec cette seule différence que tu confesses devoir croire en la croix du seul Seigneur Jésus. »

Saint Ambroise nous fait revenir au cœur de notre profession de foi. Associé par le baptême au mystère de la croix du Christ et de sa victoire sur la mort, nous vivons de son Esprit qui nous pousse à nous tourner vers le Père. Notre Foi au Père, Fils et Esprit Saint s’exprime par « l’engagement de notre parole ». Que veut dire pour nous concrètement que nous croyons en chacune des personnes de la Trinité. Quel est notre engagement de vie à l’égard de l’Esprit Saint ? Paul dira aux thessaloniciens : « notre Evangile ne s'est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l'action de l'Esprit Saint, en surabondance. » (1Th1,5). L’Esprit saint veut se manifester en nous en surabondance et dans l’action. Il veut nous faire entrer dans la joie, même au cœur des tribulations (1Th1,6). Se mettre à l’école de l’Esprit, ce sera venir à la rencontre du Père et du Fils car c’est lui qui nous aidera à confesser que le Christ est Seigneur et que Dieu est « abba », Père. Nous nous connaîtrons alors mieux nous-mêmes : fils adoptifs de Dieu, sauvés par le Christ, vivants par l’Esprit.

P. Benoit Guédas +

Quelques éléments de réflexion issus des homélies données lors des 4 dimanches de l'Avent...


1. Entrer avec l’Esprit dans la vie trinitaire.

 

Pour entrer dans le mystère de l’Esprit Saint, il faut nous plonger dans celui de la sainte Trinité, revenir à l’amour substantiel du Père pour le Fils : Le Père aime le Fils et le Fils aime le Père. L’amour du Père pour le Fils est l’Esprit. « Tout ce qui est à moi est à toi » dit le Père à son fils dans la parabole (Lc15). L’Esprit est l’Esprit du Père et du Fils. Le Père nous aime du même amour qu’il aime son Fils. Et le Fils veut nous apprendre à aimer le Père comme il l’aime : Aimer selon l’Esprit, aimer par l’Esprit, aimer avec l’Esprit.

L’Esprit n’est pas un simple esprit ; il est substantiel, immuable et éternel : il est Dieu lui-même, comme le Père et le Fils. Il est personne divine. « En cela, il est doué d’intelligence et de volonté, capable de penser, de vouloir, d’aimer et d’agir. En cela, nous pouvons l’aimer… on peut lui confier ses désirs et ses craintes, ses joies et ses peines et on peut attendre de lui réconfort et consolation » dit le Père Riaud, spiritain (L’action de l’Esprit Saint dans nos âmes, Tequi Paris 1969). Jésus, notre avocat auprès du Père (1Jn) annonce la venue de cet autre défenseur qui nous enseigne, qui nous rappelle son œuvre (cf Jn 16). Nous pouvons donc entrer dans une relation personnelle avec l’Esprit comme avec le Père et le Fils. Il demeure avec nous.

Au cœur de la Trinité, l’Esprit Saint est peut être par excellence la personne don : non seulement il est don du Père au Fils et du Fils au Père mais il est aussi le don que le Père et le Fils nous font d’eux-mêmes. Le Christ sur la croix remet l’Esprit et l’Eglise à la Pentecôte entre profondément dans cette vie avec l’Esprit.

Se mettre à l’école de l’Esprit avec les apôtres, c’est apprendre à découvrir sa présence mais surtout entrer avec lui dans l’accomplissement de notre vocation à aimer Dieu et aimer notre prochain : n’est il pas le don promis au peuple d’Israël qui attend de recevoir la loi dans son cœur ? (Jér 31,31). Par l’Esprit, la loi de l’amour n’est plus sur des tables de pierres ! L’Esprit qui redonne vie aux ossements desséchés (Ez 37) est le don promis qui nous donne d’accomplir la demande de Dieu à Israël : « je te propose mort ou malheur, vie et bonheur : choisis la vie ! » (Dt30)

L’Esprit, source de vie, est Dieu et mérite même adoration et même gloire. En même temps, comme le Fils qui veut nous considérer comme ses frères et nous tourner vers son Père, l’Esprit se plaît à se faire proche de chacun de nous, à être l’hôte intime de nos âmes (prière du veni sancte spiritus). Qu’avec Marie, notre mère sur qui repose l’Esprit nous apprenions à vivre et reconnaître l’Esprit dans notre vie, pour avec lui entrer dans la gloire et l’intimité des trois personnes divines, dans la vie en abondance.

 

2. « Dieu insuffla un souffle de vie… »

 

L’Esprit Saint est personne divine. Comme pour le Père et le Fils, je peux le connaître et m’adresser à lui, le rencontrer. Entrons dans son mode de « communication » qui est spirituel. Nous ne pouvons pas dire, comme pour le Christ que nous l’avons vu, touché, entendu substantiellement (cf 1Jn 1) : l’Esprit est esprit : il est insaisissable et nous ouvre ainsi au monde invisible, au monde de la grâce.

Jésus dira à Nicodème : « le vent souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va… ainsi en est il de quiconque né de l’Esprit » (Jn 3,8). Le souffle est la réalité la plus immatérielle, la plus subtil. Cette désignation n’est pas nouvelle. La racine est la même, le pneuma est à la fois esprit, souffle et vent, en hébreu, on parle du ruah de Dieu. Or c’est dès les premiers mots de la Bible que ce ruah de Dieu plane sur les eaux, nous montrant que l’Esprit à la fois surplombe la création et lui demeure présent. Si le mot n’est pas le même, le souffle apparaît aussi au début du deuxième récit de la création, lors de la formation de l’homme : « Dieu insuffle (inspire) dans les narines de l’homme un souffle de vie et l’homme devint un être vivant ! » (Gn2,7)

Jean Paul II, commentant ce passage nous rappelle que si le souffle ne semble pas exister, il est vital : « celui qui ne respire pas ne peut pas vivre ! le vivant possède le souffle, le mort ne l’a plus ! » (Jean Paul II, catéchèse 3 janvier 1990). Le souffle possède également une force intrinsèque : il soulève la mer et permet aux israélites de traverser la mer rouge à pied sec (Ex14) Myriam chantera : « tu soufflas de ton haleine et la mer recouvrit [les égyptiens] » (Ex15,8-10). « L’idée fondamentale exprimée par le nom biblique de l’Esprit n’est pas celle d’une puissance intellectuelle mais celle d’une impulsion dynamique, comparable au mouvement du vent. Dans la Bible, la première fonction de l’Esprit n’est pas de faire comprendre mais de mettre en mouvement. » poursuit Jean Paul II. Ce sera bien lui le moteur de la mission des apôtres. Souffle vivifiant, force dynamique, l’amour de Dieu veut habiter dans nos cœurs pour que nous ayons la vie en abondance et que nous la transmettions. Finalement, l’Esprit veut habiter en nous pour que nous ayons une vie bien incarnée à l’image de celle du Fils bien aimé.

De ces désignations, nous pouvons comprendre un peu mieux comment l’Esprit nous parle. Nous ne reconnaissons pas tant l’Esprit Saint dans un face à face que dans le constat de notre transformation intérieure. Notre réponse aux intuitions intérieures nous fait reconnaître a postériori cette présence de l’Esprit. Les disciples d’Emmaüs reliront après la fraction du pain leur expérience du cœur brûlant (Lc 24). « Le Seigneur était là et je ne le savais pas » dira Jacob à la fin de son songe (Gn28,16). Aujourd’hui, dans la lettre de Paul à Timothée, nous retrouvons cette expérience de la force de l’Esprit qui a mis Paul en mouvement : « Le Seigneur m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile » (2Tm 4,17). Paul reconnaît la présence de Dieu dans la force qui l’habite alors qu’il est seul. Cette force n’est pas un secours humain, elle ne peut être que l’œuvre de l’Esprit.

3. « Je mettrai ma loi dans vos cœurs »

 

Nous entrons dans le temps de l’Avent. Une nouvelle année liturgique commence avec une même interrogation : Qu’attendons-nous ? La bonne réponse est le Christ, nous le savons… en théorie. Nous célébrerons son incarnation à Noël. Mais interrogeons-nous le plus concrètement possible : Comment j’attends son incarnation dans mon quotidien ? L’attente du peuple d’Israël nous éclaire. Le peuple qui a reçu la Loi de Dieu au Sinaï pour guider son agir fera le constat bien plus tard, dans son exil à Babylone, qu’il n’arrive pas à vivre la Loi : elle reste extérieure à lui-même. Saint Paul, dans sa relecture de l’histoire, le rappellera (cf Rm 7) : « la Loi est sainte et bonne et saint le précepte… la Loi est spirituelle; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas: car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. » (Rm 7,12…15) C’est l’expérience du peuple infidèle à la Loi, qui n’arrive pas à choisir la vie et le bonheur (Dt 30,15) que Dieu veut pour lui.

« Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort? » dit Paul (Rm 7,24). Si la loi n’est pas au dessus de ses forces (Dt 30,15), le peuple met du temps à prendre conscience qu’il n’arrivera pas par lui-même à vivre la loi, la présence de Dieu est la condition de son succès, Il est sa force. Une fois la conscience de son incapacité acquise, le peuple est prêt à accueillir le fils de l’homme ! Jérémie et Ezéchiel annonce et décrive alors la nouvelle alliance : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur, je serai leur Dieu, ils seront mon peuple » (Jr 31,33) « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j'ôterai de votre chair le cœur  de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. »

Le Messie change nos cœurs et donne l’Esprit de vie. « Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur! » s’écrit Paul au terme de ce chapitre (Rm7,25). Sous son inspiration, la capacité à faire le bien et à éviter le mal est laissée à notre volonté. Que cette promesse accomplie par Jésus et attendant chaque jour d’être achevée dans nos vies nous poussent à prier : « Maranatha, viens Seigneur Jésus ! » « Viens Esprit Saint ! »

 

 

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